vendredi 27 novembre 2009

ÉTUDIANTS ET MILITAIRES S’AFFRONTENT À L’UNIVERSITÉ

Les forces de l’ordre sont intervenues dans le campus universitaire de la capitale

La police et l’armée sont intervenues mercredi dans la cité universitaire de la capitale face à un millier d’étudiants qui manifestaient à l’Université Nationale Autonome du Honduras (UNAH) dans la capitale Tegucigalpa pour demander le retour du président Manuel Zelaya expulsé de son pays le 28 juin dernier.

Des bombes lacrymogènes et des canons à eau ont été utilisés pour disperser la foule. Mais les coups ont aussi été au rendez-vous.

Les affrontements ont débuté à l’extérieur mais c’est en fait lorsque les étudiants se sont réfugiés dans la cité universitaire que les forces de l’ordre les ont pourchassés. Les jeunes se sont alors munis de pierres et de bâtons pour riposter.

Dans les échauffourées, même la rectrice de l’Université Julieta Castellano, qui a tenté d’intervenir pour calmer les esprits, a été frappée par la police qui l’a projetée au sol, tout comme Andrés Pavon, président du Comité pour la Défense des Droits de l’Homme au Honduras.

« Nous sortions avec les mains en l’air avec la rectrice et ils nous ont attaqués avec des matraques, nous ont jetés par terre. Jamais l’autonomie de l’Université n’avait été violée de cette manière » a dénoncé Olvin Rodriguez, membre de la direction de l’Université.

« Nous ne pouvions pas laisser les étudiants sans défense face à l’assaut des autorités. Nous sommes sortis mais nous avons été lâchement agressés. Nous allons attaquer la police pour être entrée dans le campus » a quant à elle affirmé le rectrice Julietta Castellano.

Un autre événement a également mis le feu aux poudres à l’Université : la venue d’Elvin Santos, jeune candidat à l’élection présidentielle pour le Parti libéral. Pour les opposants au putsch, il est le symbole de la transition défendue par les auteurs du coup d’Etat (voir notre édition d’hier, NdR). A peine est-il entré dans les locaux de la faculté d’administration des entreprises pour parler de son programme électoral que des troubles ont éclaté avec le Front de la jeunesse contre le coup d’Etat. Sa garde rapprochée a dû, selon des témoins, tirer en l’air pour laisser partir Elvin Santos. On dénombre plusieurs blessés chez les étudiants.

Ces troubles sont intervenus alors que plusieurs marches populaires vont se dérouler jusqu’à mardi prochain pour faire converger les partisans du président Zelaya dans la capitale.

SÉBASTIEN MADAU

Article publié le 8 août 2009 sur le quotidien la Marseillaise sud-est

" CEUX QUI DISENT QU’ON TUE DES GENS MENTENT "

-Wenceslao Lara Orellana-
Entretien sans concession entre la Marseillaise et ce député hondurien, pilier du putsch

Wenceslao Lara Orellana est une figure charismatique au Honduras. Député du Parti libéral, il soutient bec et ongles le coup d’Etat, qu’il juge « constitutionnel ». Un classique du genre.

- Le 28 juin, pourquoi avez-vous voté la destitution de Manuel Zelaya ?
M. Zelaya a cessé d’être président d’après l’article 239 de la Constitution qui interdit de réformer la forme de gouvernement. Celui qui le fait se voit immédiatement relevé de ses fonctions. De plus, il avait 17 autres charges contre lui.

- Trouvez vous “normale” la manière dont il a été “remplacé” et expulsé du pays ?
On a agi en respectant la Constitution et les lois. Il a été expulsé pour éviter une tuerie d’innocents y compris de lui-même étant donné qu’il n’existe pas dans le pays de prisons d’extrême sécurité pour protéger ce type de fonctionnaires.

- Mais la communauté internationale a condamné ce qu’elle appelle un coup d’Etat…
Le monde est désinformé. En venant au Honduras, il se rendra compte de la vérité.

- Quels sont, d’après vous, les éléments qui font que ce processus est « démocratique »?
Les trois pouvoirs de l’Etat sont démocratiquement constitués et les militaires sont dans les casernes.

- On note pourtant la répression militaire contre le peuple. On dénombre des morts. Des ONG dénoncent des manquements à la démocratie…
Ceux qui disent qu’on tue des gens mentent. Tout le monde peut protester dans la rue, dans le respect de la loi, de manière pacifique. Seul un jeune est mort, en face de l’aéroport de Toncontin. L’enquête a conclu que les balles étaient en caoutchouc.

- Les élections du 29 novembre pourraient-elles résoudre la crise ?
Sans aucun doute. Elles seront le soulagement définitif après cette difficulté politique momentanée.

- Qui serait le meilleur président pour le Honduras de demain ? Roberto Micheletti ou Elvin Santos, le candidat du Parti Libéral ?
Elvin Santos, un démocrate, un jeune leader qui a fait ses preuves.

- Pensez-vous que dans ce climat, le camp “Zelaya” pourra mener campagne ?
Zelaya, d’après les 18 charges contre lui, n’est pas habilité à le faire. Il y a des preuves documentées et des vidéos sur l’argent qu’il a soustrait des coffres de la banque centrale sans autorisation.

- Ne trouvez-vous pas contradictoire de dire que Manuel Zelaya doit répondre de ses actes devant la justice et en même temps lui refuser le droit de rentrer au Honduras ?
Cela pourrait sembler contradictoire mais nous sommes juste en train d’éviter un bain de sang. Au niveau culturel, différent de votre pays, vous devez savoir que beaucoup de civils sont armés et seraient capables d’affronter l’armée pour défendre M.Zelaya.

- Pourquoi vous opposez-vous à tout type d’amnistie ?
Dans notre pays, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas été condamnés et sont en prison pour avoir simplement volé une poule. Dans le cas de M.Zelaya et de son équipe, tous ceux qui ont pris l’argent sacré de l’Etat, doivent être condamnés et se voir appliqué tout le poids de la loi.

(1) Il parle d’Isis Obed en « oubliant » Roger Bados, Pedro Ezequiel, Roger Vallejo et Martin Rivera.

Commentaire de Sébastien Madau
Les mots et les morts

En choisissant d’interviewer Wenceslao Lara Orellana, le but n’était pas d’ouvrir une tribune aux putschistes. Il s’agissait juste de mettre des mots sur des visages, sur la répression en marche depuis le 28 juin. De mettre leurs auteurs en face de leurs contradictions.
On note que le député se retranche derrière la sacro-sainte Constitution pour justifier les actes commis. L’expulsion du président Zelaya (qu’empêche cette même Constitution) aurait été décidée afin d’éviter « un bain de sang ».
Du sang qui coule pourtant depuis plus d’un mois que ce soit à travers les coups de matraques ou, pire, les balles.
Le bilan pour les putschistes est donc d’un mort, alors qu’au moins quatre autres décès sont avérés et que l’on se dit qu’à la fin de la crise, le décompte risque d’être beaucoup plus lourd.
Cet entretien confirme que le Gouvernement proclamé entend poursuivre son isolement qui mène le Honduras, déjà un des pays les plus pauvres du monde, dans une terrible impasse.

SÉBASTIEN MADAU

Article publié le 7 août 2009 sur le quotidien la Marseillaise sud-est

UNE AMNISTIE « POLITIQUE » MUTUELLE EN DÉBAT

Le président Zelaya se dit disposé à signer les Accords de la médiation à condition que son retour au pouvoir soit confirmé

Depuis mardi, le président Manuel Zelaya est en visite à Mexico où il a rencontré son homologue mexicain Felipe Calderón. Lors d’une conférence de presse, il s’est dit « disposé à signer le Plan Arias, (du nom du médiateur costaricain, NdR) à Tegucigalpa, seulement s’ils incluent ma réinstallation à la présidence de la République ». Selon lui, « les points du Plan Arias font partie d’un processus auquel nous coïncidons : former un gouvernement de construction nationale, d’unité nationale, formé par différents secteurs du pays ».

Et de se dire aussi disposé à « concéder des amnisties politiques, non pénales ou civiles, des délits qui ont été commis ».

Le Congrès « analyse » l’amnistie

Le Congrès s’est lui aussi réuni mardi pour « analyser » une amnistie politique pour le président Zelaya. Le document finalement approuvé par le Congrès stipule à propos des Accords de San José que pour le « retour à la paix et à la tranquillité dans notre pays, ce pouvoir de l’Etat (le Congrès, ndr) serait disposé à analyser (…) l’application d’une amnistie en ce qui concerne des sujets strictement politiques ». Une manière de faire savoir que le président Zelaya serait amnistié pour des faits politiques mais pas sur les nouvelles accusations de corruption qui pèsent contre lui depuis que le coup d’Etat a éclaté, et qui n’avaient jamais été avancées auparavant.

Zelaya souhaite respecter la Constitution

Le président Zelaya s’est également exprimé sur les rumeurs concernant son éventuel désir d’être reconduit dans ses fonctions alors que la Constitution actuelle l’en empêche. « C’est faux, cela n’a été planifié ni par le Gouvernement, ni par moi » a-t-il assuré en niant préparer sa réélection. « C’est une campagne tendancieuse mise en avant par les groupes qui ont réalisé le coup d’Etat ».
L’OEA en mission et la répression continue

L’Organisation des Etats Américains a quant à elle annoncé l’envoi d’une mission pour « rétablir l’ordre constitutionnel » en défendant les points des Accords de San José. La date devrait être décidée aujourd’hui. « Ce serait très important qu’y participent des ministres des affaires étrangères, premièrement pour démontrer l’importance que nous y donnons et pour pouvoir prendre des décisions sans avoir besoin d’avoir d’ultérieures consultations » a indiqué le secrétaire général de l’OEA José Miguel Insulza. « Cette mission aura pour but de voir si nous pouvons dépasser les difficultés pour que soient acceptés tous les points, le plus important étant bien entendu, le retour du président Zelaya et le rétablissement de l’ordre constitutionnel ».

Pendant ce temps, une quarantaine de personnes a été blessée lundi lors d’une manifestation à San Pedro Sula. « La police est arrivée brusquement et a commencé à frapper les gens » a relaté Marvin Ponce, député du Parti Unificación democrática (communiste, anticapitaliste) et coordinateurs du Front National de résistance contre le coup d’Etat.

Quant à la répression, elle a fait une cinquième victime officielle en la personne de l’enseignant Martin Rivera, qui a été tué par balle alors qu’il quittait le cortège des obsèques de son collègue Roger Vallejo, mort samedi des suites de ses blessures.

SÉBASTIEN MADAU

Article publié le 6 août 2009 sur le quotidien la Marseillaise sud-est

" NOTRE SITUATION SUR PLACE EST TRÈS DIFFICILE "

Entretien exclusif avec la députée du Parti Libéral ELVIA ARGENTINA VALLE qui lutte contre le putsch au Honduras

Elvia Argentina Valle est députée du Parti Libéral du Honduras. Son parti est scindé en deux : les pro-Zelaya et les pro-Micheletti. Elle a décidé de condamner le coup d’État et d’entrer en résistance. Entretien exclusif avec la Marseillaise.

Elvia Argentina Valle, députée du Parti libéral, a décidé de rester fidèle au président Zelaya qui a été expulsé de son pays le 28 juin dernier.

- Le gouvernement putschiste affirme que le président Zelaya à été remplacé constitutionnellement par le Congrès. Pouvez-vous nous expliquer comment s’est passée cette session extraordinaire ?
Le Congrès national possède 45 compétences dont celle d’approuver ou réprouver la conduite administrative du pouvoir exécutif, du pouvoir judiciaire, du tribunal suprême électoral…Cette compétence ne signifie pas que si elle désapprouve le pouvoir exécutif, elle puisse le destituer automatiquement. Lors de la session du 25 juin, les députés, comme moi, qui se sont opposés à ce décret, n’ont pas été convoqué à la session extraordinaire. Si nous y avions été, notre position aura encore été de nous y opposer car leurs arguments sont inconsistants.

- Quand avez-vous commencé à dénoncer le coup d’État de Roberto Micheletti et des Forces armées ?
Dès que les médias nous ont informés que le président de la république avait été déposé et expulsé au Costa Rica, nous avons tenté de faire des déclarations pour démentir le fait que 124 députés voté la destitution. Aucun média national ne nous a couverts. C’est pour cela que nous nous sommes déplacés dans la capitale Tegucigalpa, le jour où est arrivé le secrétaire de l’OEA. Nous lui avons donné un document signé par une dizaine de députés dans lequel nous condamnons le coup d’État. Nous avons pu ensuite nous exprimer dans les médias nationaux et internationaux et démentir le fait que le Congrès avait pris sa décision à l’unanimité.

- Quels éléments vous permettent de dire qu’il s’agit bien d’un coup d’État Et non pas d’une transition constitutionnelle ?
La transition constitutionnelle ne s’opère pas dans ce cas. Elle ne peut s’opérer qu’à travers la démission, la mort, la faute absolue du président. Ils l’ont expulsé pour faute absolue pour avoir voulu réaliser une enquête d’opinion publique non contraignante, dont les résultats auraient dû être examinés par le Congrès. La consultation du 28 juin n’a finalement pas eu lieu puisque c’est ce jour-là qu’ils ont violé les garanties constitutionnelles du président Zelaya (droit de défense, présomption d’innocence, arrivée à son domicile de l’armée avant 6H du matin…). Mais surtout, l’article 102 de notre Constitution indique qu’aucun Hondurien ne peut être expatrié ni remis par les autorités à un État étranger.

- Quelle est la position au sein du Parti libéral, auquel appartiennent Manuel Zelaya et Roberto Micheletti ?
Les positions sont diverses, tant chez les députés que chez les militants. Certains défendent le putsch, qu’ils appellent succession présidentielle, et d’autres le condamnent.

- Quel rôle peut jouer la trentaine de députés qui ont refusé le coup d’État ?
Notre situation est difficile car presque tous les organismes d’État défendent le putsch. Ce sont les secteurs sociaux, ouvriers, paysans, professeurs, syndicats, ONG de défense des Droits de l’Homme, organisations féministes, quelques médias, de nombreux maires et candidats à la présidence comme Carlos Reyes (Bloque Popular) ou César Ham (Unificacción democratica)qui s’opposent au coup d’État.

- Les élus d’opposition au putsch, ont-ils reçu des pressions ?
La députée Margarita Zelaya a vu sa maison investie par les militaires pour l’intimider. Le député Javier Hall a été frappé à la tête durant une manifestation. César Ham (UD) a été menacé de mort et a été obligé de quitter le pays durant plusieurs jours. Des médias ont annoncé qu’il avait un mandat d’arrêt contre lui. Carlos Reyes a du être hospitalisé après avoir eu le bras fracturé durant une manifestation. Le fils du député Rodrigo Trochez, alors qu’il conduisait la voiture de son père, a vu son véhicule mitraillé et les passagers blessés.Quand aux autres députés du Parti Libéral, nous ne savons pas comment ils agiront contre eux.

- L’élection présidentielle du 29 novembre pourrait-elle résoudre la crise ?
Si l’élection du 29 novembre a lieu, elle n’aura aucune valeur car le gouvernement putschiste n’est pas reconnu par l’ONU, l’OEA, le Groupe de Rio, l’Union Européenne…Aussi, tant que le président Zelaya ne sera pas réinstallé et que l’on ne reviendra pas à la démocratie, aucune élection n’aura de valeur.

Propos recueillis par SÉBASTIEN MADAU

Article publié le 5 août 2009 sur le quotidien La Marseillaise sud-est

LES PARTISANS DE ZELAYA LUI DEMANDENT DE REVENIR VITE

L’enseignant blessé par balles par les militaires est décédé ce week-end, portant à quatre le nombre officiel des victimes du coup d’Etat

Roger Abraham Vallejo, l’enseignant grièvement blessé par balle jeudi lors d’une manifestation contre le coup d’Etat (notre édition de samedi, ndr) a finalement succombé à ses blessures. Le bilan officiel est de quatre morts depuis le 28 juin mais il pourrait être bien plus lourd.

Cette mort a créé un fort sentiment d’indignation. « Les putschistes doivent se rendre compte que le fait de descendre dans la rue pour tuer des gens, des gens qui luttent non pas pour un homme mais pour rétablir la démocratie au Honduras, n’aura aucun résultat » a déclaré Xiomara Castro de Zelaya l’épouse du président Manuel Zelaya. « Je sais juste que les policiers me l’ont tué pour avoir lutté pour une cause juste » a affirmé sa mère Maria Soriano.

« Un mouvement pacifique »

Dans une interview sur Télésur, le président Zelaya a condamné cet acte et souligné les limites des institutions internationales. « La communauté internationale est en train de recevoir un camouflet » a-t-il indiqué en appelant à « créer des mécanismes contre ceux qui usurpent le pouvoir par la force ».

À ce propos, il a rejeté toute démarche violente de sa part. « Je suis en train d’organiser un mouvement de soutien au Front national contre le coup d’Etat non pas pour créer de la violence mais plutôt pour s’opposer à la violence ». Une manière d’infirmer les accusations des putschistes sur la prétendue création de milices armées destinées à faciliter son retour. « Je ne suis pas en train de mettre sur pied une force militaire armée, même si j'en ai les moyens car je viens d'un pays où il y a des armes partout ».

Adresse à Barack Obama

Manuel Zelaya a aussi averti le président Obama. « Le mauvais exemple du Honduras peut mettre en péril la sécurité du continent et des Etats-Unis ». Jusque-là, il a toujours salué le soutien de l’administration américaine. Mais il a rappelé qu’aux Etats-Unis, « il y a des gens d’extrême-droite qui défendent le coup d’Etat » qui, selon lui, avait été planifié « par des faucons de Washington, agents de la CIA ».

La surenchère vient du côté des putschistes

Pendant ce temps, les putschistes maintiennent leur stratégie. Le président putschiste Roberto Micheletti a affirmé que son pays « résistait avec orgueil à l’isolement » et ce alors que le Honduras connaît une grave crise économique, sociale et politique. « Ici, aucun pays, si puissant soit-il, ne va venir nous dire ce que nous devons faire » a-t-il lancé.

« Nous avons besoin de Manuel Zelaya à nos côtés »

En attendant, sur place, le mouvement de résistance se poursuit. Le Front national contre le coup d’Etat va organiser à partir de demain une marche nationale de 6 jours afin de « former deux grandes concentrations dans les deux principales villes » a expliqué Juan Barahona, coordinateur du Front.

Manuel Zelaya, qui se trouve actuellement au Nicaragua, se rend aujourd’hui au Mexique pour y rencontre le président Calderon. Ses partisans ont laissé entendre que sa présence au Honduras les aiderait dans leur action. « C’est ici que le président Zelaya nous est le plus utile ! Il doit nous entendre ! » lançait la nuit dernière une auditrice de Radio Globo au Honduras.

SÉBASTIEN MADAU

Article publié le 4 août 2009 sur le quotidien la Marseillaise sud-est

DES PUTSCHISTES À JUGER SUR LEURS ACTES

Le président putschiste Roberto Micheletti se dirait « prêt » à entrevoir le retour de Manuel Zelaya

Alors que la situation est tendue depuis le 28 juin dernier, Roberto Micheletti, à la tête du putsch, se dirait prêt à discuter du retour de Manuel Zelaya, le président élu du Honduras. Mais sous certaines conditions.

Selon un proche de Roberto Micheletti, ce dernier serait donc prêt à négocier. C'est en tous les cas ce qu'il a fait savoir au président du Costa-Rica, Oscar Arias, chargée de conduire la médiation entre les deux camps.

Quel crédit donner aux paroles des putschistes ?

Mais avant, le Gouvernement putschiste entend se retourner vers les milieux d'affaires et d'autres secteurs de la société, pour les convaincre.

Dans un communiqué, Roberto Micheletti a appelé au dialogue « incluant tous les secteurs de la société civile, les églises, les organisations professionnelles et étudiantes, les milieux d'affaires, les médias, les partis politiques ». Des secteurs qui décideraient d’accepter ou pas les Accords de San José proposés par Oscar Rias et qui jusqu’à présent avaient reçu une fin de non-recevoir.

Oscar Arias, a indiqué que Roberto Micheletti lui avait demandé d'envoyer un émissaire spécial au Honduras afin de débloquer les négociations. De son côté le Congrès, dirigé par les auteurs du coup d’Etat, a ajourné à lundi prochain l’examen des Accords de San José et notamment la clause sur l’amnistie générale.

Pour l’heure, difficile d’interpréter la position de Roberto Micheletti. Est-il en train d’assurer ses arrières et préparer sa sortie en négociant une amnistie ? Souhaite-t-il obtenir une image d’homme de dialogue ou bien entend-t-il poursuivre dans son isolement au moins jusqu’aux prochaines élections qui rendraient le camp des putschistes sûr de la victoire, étant donné que le camp Zelaya est soit à l’étranger soit réprimé dans la rue.

« Manuel Zelaya est le président du Honduras » déclarent les USA

Cette déclaration intervient quelques jours après la décision de l'administration américaine de retirer des visas diplomatiques à des fonctionnaires du Gouvernement putschiste.

De plus, jeudi, une rencontre a eu lieu entre Manuel Zelaya et l'ambassadeur des Etats-Unis au Honduras Hugo Llorens. « C’est un plaisir de voir le président Zelaya que les Etats-Unis reconnaissent comme président du Honduras » a déclaré le diplomate à l'issue de la réunion qui s'est déroulée au Nicaragua. « Nous avons parlé du panorama politique et de la manière dont la communauté internationale pourrait aider à revenir à l'ordre constitutionnel au Honduras ».

En attendant, dans la capitale Tegucigalpa, le mouvement se poursuit, même s’il est difficile de quantifier précisément l’ampleur du soutien à Manuel Zelaya. Le secteur public est en grève générale et les enseignants poursuivent leur mobilisation au sein du Front de résistance au coup d’Etat. De nombreuses routes ont également été bloquées. Difficile pour le moment de faire un bilan fiable un mois après le coup d’Etat. Les organisations sociales parlent de centaines d’arrestations, d’élus de gauche arrêtés ou encore d’un enseignant tué par balle.

SÉBASTIEN MADAU

Article publié le 1 août 2009 sur le quotidien la Marseillaise sud-est

ATTENDRE JUSQU’AUX PROCHAINES ÉLECTIONS ?

Et si les putschistes temporisaient pour se retrouver seuls lors du scrutin présidentiel du 29 novembre ? Décryptage

La situation au Honduras est toujours bloquée, plus d’un mois après le coup d’Etat. Même si le Gouvernement putschiste de Roberto Micheletti est isolé par la communauté internationale, chaque jour qui passe est un jour perdu pour le camp Zelaya dont les principaux membres sont à l’étranger.

En effet, face à un Gouvernement qui refuse le dialogue, une armée qui réprime, difficile de parier sur un rapide retour au calme.

Un putsch « légitimé » par les urnes ?

Au final, on a l’impression que les putschistes vont faire le dos rond jusqu’aux élections présidentielles du 29 novembre dans le but de les remporter et ainsi « légitimer » leur action. Le clan Micheletti n’hésitera pas à temporiser. Carlos Lopez, ministre des affaires étrangères du gouvernement putschiste a estimé en début de semaine qu' « une fois que la campagne aura débuté, l'obsession pour M. Zelaya commencera à s'estomper ». Et d'assurer que « bien sûr l'élection présidentielle sera reconnue ».

Paradoxalement, les auteurs du coup d’Etat auraient tout à gagner de bloquer le pays. En refusant le retour de Manuel Zelaya, ils empêcheraient à l’opposition au coup d’Etat (la Gauche et les partisans de Zelaya en général) de mener campagne.

Du coup, on se retrouve aujourd’hui avec trois partis en campagne : le Parti libéral (de Zelaya et Micheletti !), le Parti Démocrate-chrétien et le Parti National. Quant à l’Unification Démocratique (communiste et anticapitaliste), elle a été la seule formation à soutenir Zelaya et condamner le coup d’Etat. Malheureusement, ce parti est plus préoccupé à empêcher l’arrestation de ses membres et de ses élus que de mener campagne.

Les élections risqueraient donc de se jouer entre des formations soutenant le coup d’Etat. Après s’être débarrassé de Manuel Zelaya, il ne leur resterait plus qu’à se partager les pouvoirs.

Une inconnue demeure pourtant : l’attitude du Parti libéral. Les deux ennemis Zelaya et Michelleti en sont membres. Roberto Michelletti en a pris le commandement en purgeant l’organigramme. Le parti a désigné son candidat : Elvin Ernesto Santos. Les putschistes soutiennent ce jeune, issu d’une autre génération et qui refuse de condamner le coup d’Etat.

La base du Parti libéral peut tout faire basculer

Reste que Manuel Zelaya possède de nombreux soutiens dans la base du Parti et parmi les élus. Des assemblées générales de base ont condamné le coup d’Etat, demandé le retour de Zelaya et exigé l’exclusion de Micheletti et d’Elvin Santos. Ils ont appelé à lutter au sein du Front National contre le coup d’Etat.

Selon la Constitution, Manuel Zelaya n'a pas le droit de briguer un second mandat qui court jusqu’au 27 janvier 2010. Mais on peut estimer que si lui et ses partisans se voyaient accordé le droit de rentrer au Honduras, ils seraient capables de mener une campagne de fond. On peut également penser que Patricia Rodas, ancienne présidente du Parti Libéral (avant d’être évincée par le putsch) actuelle ministre des affaires étrangères, très présente aux côtés de Manuel Zelaya, pourrait jouer un grand rôle dans cette bataille.

SÉBASTIEN MADAU

Article publié le 31 juillet 2009 sur le quotidien la Marseillaise sud-est